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jeudi 22 mars 2018

Cocagne, jeu édité par Carlit et interprété par Zoufris Maracas



          Cocagne, le jeu édité par Carlit dans les années 70, ne passerait probablement pas la censure de nos jours. Il est vrai que l’illustrateur y affiche un amour immodéré pour Orange mécanique, et son maquillage oculaire outrancier.



          Et pourtant, il faut l’affirmer bien fort : Cocagne est un jeu non-violent. Cocagne, c’est le jeu de mon enfance. À vrai dire, je l’avais complètement oublié, jusqu’au jour où, il y a une dizaine d’années, j’ai aperçu la boîte au détour d’un vide-greniers. Les battements de mon cœur se sont emballés. Pire, lorsque la dame a soulevé le couvercle pour me montrer l’intérieur, j’étais au bord de l’apoplexie. Mais le snobisme étant une tare fort répandue chez nombre de joueurs, dont je fais partie, j’ai trouvé le principe du jeu stupide et, avec le plus grand mépris, j’ai délaissé la boîte. Bien mal m’en a pris, puisque j’ai passé les dix années suivantes à essayer de retrouver cette dame, chaque année, sur ce vide-greniers et tous ceux alentour, et que j’ai désespérément cherché ce jeu partout. Heureusement, mon mari, que je remercie du fond du cœur, a réussi à s’en procurer une des dernières copies en circulation.



          Conformément à ce qui est indiqué sur la boîte, Cocagne est un jeu de hasard, d’action et de génie. Le hasard provient du fait que vous devez faire tourner une flèche qui va vous indiquer une couleur. À partir de ce moment intervient l’action proprement dite, l’action pure et dure : vous insérez la bille dans un des cinq trous indiqué par la couleur précédemment déterminée. Il y a cinq trous de départ, pour quatre d’arrivée. La bille disparaît alors totalement. Vous entendez un gros bruit de tuyauterie, comme si votre bille était longuement digérée, jusqu’à ce qu’elle réapparaisse, comme par magie, dans un trou marqué d’un symbole. Le symbole vous indique la couleur de la carte à piocher parmi quatre catégories. Vous retournez la carte, vous lisez le texte, et vous devez interpréter ce qui est écrit ou exécuter le gage. Et c’est là que, selon Carlit, que votre génie intervient.
          Les gages sont très simples, par exemple imiter le saut d’un kangourou, rire aux éclats deux minutes tandis que vos camarades de jeu restent parfaitement calmes, ou l’inverse, gonfler trois ballons imaginaires et faire semblant qu’ils s’échappent dans l’air, etc. Réussir un gage, de l’avis de vos partenaires de jeu, vous rapporte des points. Et bien sûr, celui qui a le plus de points, à l’issue de la partie, est déclaré vainqueur.



          Certains rabat-joie, voulant probablement montrer l’extraordinaire étendue de leur savoir ludique, n’hésitent pas à dire que le mécanisme de Cocagne pourrait être remplacé par un dé à quatre faces. Un dé à cinq faces qui retomberait donc, comme on a vu plus haut, sur seulement quatre faces... C’est vrai, mais cela tuerait immanquablement la magie du jeu, l’attente de la bille, l’inquiétude de, peut-être, ne jamais la voir ressortir – et croyez-moi, à cinq ans, vous vous inquiétez vraiment ! Je crois bien que quand on jouait à Cocagne, on se contentait de faire tourner la flèche et de lancer dans la bille dans le trou de couleur indiqué. Les gages étaient superflus. On octroyait volontiers les points aux adversaires, pour avoir le plaisir de rejouer très vite, et de relancer la bille dans un trou !

          Heureusement, certaines autres personnes plus ouvertes d’esprit ont immédiatement compris la rare subtilité, si ce n’est la fine élégance, de Cocagne, et ont même décidé d’écrire un véritable hymne au jeu (du moins si j’ai bien compris toutes les paroles). C’est ainsi que le groupe Zoufris Maracas nous offre sa très belle interprétation de Cocagne :



          Encore un grand merci à mon mari pour ce très beau cadeau. C’est chouette la vie de joueuse, avec un soulier sur la tête !



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