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jeudi 3 octobre 2019

Le Serpent du rêve, Vonda McIntyre





     Présentation
     Le Serpent du rêve est un livre de 350 pages écrit par Vonda McIntyre. Il est paru pour la première fois en France en 1979 et a connu trois éditions (Robert Laffont, J’ai Lu, et Le Livre de Poche). La traduction a été assurée par Jean Bailhache, et les couvertures illustrées par Giuseppe Mangoni et Jackie Paternoster. En 1973, Vonda McIntyre reçoit le prix Nebula pour sa novella « De Source, Sable et Sève ». Quelques années plus tard, elle décide de réécrire ce récit sous forme de roman : Le Serpent du rêve. Le texte sera alors à nouveau récompensé, cette fois-ci par trois prix prestigieux : le Nebula, une seconde fois donc, et les prix Locus et Hugo. 

     Le livre proprement dit
     Serpent est le nom d’une guérisseuse parcourant le monde pour prodiguer ses soins aux malades ou atténuer leurs souffrances. Elle est aidée par trois petits assistants fort… répugnants : des serpents ! Malheureusement, l’un d’eux vient à disparaître et, sans lui, Serpent n’a plus le droit d’exercer son métier. Elle est obligée de se rendre au centre des guérisseurs pour que ses formateurs statuent sur son sort. Soit ils lui permettront de racheter sa perte et de continuer à pratiquer soit, ce qui est beaucoup plus probable, ils lui interdiront tout bonnement d’être guérisseuse. Elle essaie par tous les moyens de trouver un autre serpent du rêve. C’est un animal très rare, puisqu’il vient d’Outreciel. Il a un mode reproduction erratique que les généticien·nes n’arrivent pas à comprendre, et encore moins à restituer en laboratoire. Pour se rendre au centre, Serpent traverse toute sorte de territoires. Elle rencontre une multitude de gens qui ont tous leur propre histoire, des personnes auxquelles elle s’attache plus ou moins, et dont certaines vont même bouleverser sa vie.


Une image de Josch13 sur Pixabay *

     Le déroulement du récit est lent, il y a peu d’actions, pas de vaisseaux intergalactiques avec plein de lumières clignotantes, pas de planètes, pas de satellites. Nous sommes loin des navettes propulsées au dilithium à vitesse de distorsion dont Vonda McIntyre est une grande spécialiste (elle a écrit plusieurs romans dans l’univers de Star Trek). En terme de science, l’autrice ne nous parle que de génie génétique. Malgré tout, on est très vite happé par cette ambiance, on visualise, on se projette très facilement dans cet univers étrange qui, comme on le découvre peu à peu, n’en est pas moins post-apocalyptique : le monde a été ravagé par la folie des humain·nes et par l’explosion de bombes atomiques. Le discours est parfois très écologiste (par exemple, il y a une guilde de « Ramasseurs », qui récupèrent et recyclent tout ce qu’ils trouvent), on économise l’eau, on partage beaucoup. Le Serpent du rêve est un roman très agréable à lire. C’est un livre reposant, « planant ». On s’attache très vite aux personnages, et on a hâte de voir où leurs prochaines aventures vont les mener.
     Malgré ma peur panique et mon dégoût des serpents, j’ai beaucoup aimé cette histoire, elle sort complètement des sentiers battus, des sujets mille fois traités. Pour moi, c’est vraiment une très belle découverte, et un grand roman de science-fiction.


Une photo de Milivanily sur Pixabay *


     Incipit
     Le petit garçon avait peur. Avec douceur, Serpent posa la main sur son front brûlant. Derrière elle trois adultes se tenaient coude à coude, méfiants, s’interdisant de trahir leur inquiétude, sinon par les plis étroits qui cerclaient leurs yeux. Ils craignaient Serpent autant qu’ils redoutaient la mort de leur seul enfant. Dans la pénombre de la tente, l’étrange lueur bleue de la lanterne n’avait rien de rassurant.
     L’enfant ouvrait des yeux si sombres que les pupilles n’étaient pas visibles, si ternes que Serpent elle-même craignait pour ses jours. Elle lui caressa les cheveux. Ils étaient longs et très pâles, secs, irréguliers jusqu’à cinq à dix centimètres du cuir chevelu, et leur couleur faisait un contraste frappant avec son teint basané. Si Serpent avait connu ces gens quelques mois auparavant, elle aurait déjà pu savoir que l’enfant était malade et que son état s’aggravait.
     - Apportez-moi ma sacoche, dit Serpent.



Vonda McIntyre en 2006, photo reproduite avec l'aimable autorisation de Michael Ward

     La notice de l’autrice
     Vonda McIntyre est une autrice américaine. Elle est née à Louisville, dans le Kentucky, en 1948, et est décédée en 2019, à l’âge de 70 ans, à Seattle, dans l'État de Washington.
     Elle est diplômée de biologie et de génétique.
     Vonda McIntyre compte à son actif une trentaine d'œuvres : beaucoup de nouvelles, quelques novellisations et romans dans les univers de Star Wars et de Star Trek, mais aussi des romans indépendants qui ont reçu de nombreux prix prestigieux.

     Malgré cela, le décès de Vonda McIntyre, en avril 2019, est passé totalement inaperçu en France : seuls deux sites lui ont consacré un petit article. La presse française s'était pourtant très largement fait l'écho du décès d'une autre autrice, Janet Opal Jeppson. Loin de moi l'idée de vouloir opposer une femme à une autre, c'est plutôt le traitement qui leur est réservé qui m'intéresse. Janet a autant écrit que Vonda McIntyre, surtout des nouvelles et des romans pour enfants, mais elle n’a jamais reçu aucune récompense pour ses œuvres. Janet a-t-elle donc quelque chose de plus que Vonda, pour qu'on lui rende un tel hommage à sa mort, en février 2019, alors qu’on oublie complètement l’autre écrivaine, décédée en avril de la même année ? Oui, Janet a quelque chose de plus, ou plutôt quelqu’un : son mari, un nom fameux de la SF (Isaac Asimov). Sans lui, il est probable qu'on n'aurait jamais parlé de Janet Opal Jeppson non plus, en tout cas en France.
     Les journaux du monde entier ont en effet relayé le décès de Vonda McIntyre, et seule la France semble avoir oublié de relever l’événement. C’est caractéristique des médias français. Les femmes sont rarement mises en avant pour ce qu’elles réalisent, pour les œuvres extraordinaires qu’elles accomplissent ou écrivent. En revanche, les médias semblent tout à coup s’apercevoir de leur présence lorsqu'ils peuvent parler de leur mari, de leur père, de leur frère, etc. Bref, ils jugent qu’il y a matière à faire un article si un homme est impliqué. Pour une « simple femme », aussi épatante soit-elle, personne ne se donnera cette peine. À quoi bon, ça reste une femme, après tout ! Ouvrez n’importe quel journal ou magazine généraliste et, rien qu’en regardant les photos, amusez-vous à compter le nombre de femmes et le nombre d’hommes qui apparaissent, vous serez surpris·es. Si vous voulez pousser un peu plus loin, comptez le nombre d’articles se rapportant à des hommes et ceux qui se rapportent à des femmes. C’est tout à fait consternant.
     Heureusement, s’il est bien un endroit où Vonda McIntyre et aucune autre femme ne sera oubliée, c’est ici !

     Bonne lecture.


Vous aimerez aussi :
♦ Star Trek - L'Envers du miroir, Diane Duane
♦ Terre de liberté, Anne McCaffrey
♦ Pollen, de Joëlle Wintrebert
♦ Le grand Livre, de Connie Willis
♦ La Main gauche de la nuit, par Ursula Le Guin
♦ Les Yeux d’ambre, de Joan D. Vinge
♦ Le Secret de Sinharat, par Leigh Brackett


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jeudi 25 juillet 2019

Avis express : Colette, La Maison de Claudine



       Quand vous arrivez dans l'Yonne et que vous êtes incapables de réciter par cœur, spontanément, tout l'œuvre de Colette, on vous regarde quand même de travers ! Alors je rattrape mon retard, peu à peu, en douce. Je viens de finir ce bouquin, La Maison de Claudine.
       J'ai adoré ces histoires d'araignées qui viennent boire du chocolat, la nuit, de fantôme dans le grenier, et d'œuvres de Corneille subtilement dissimulées dans les missels, pendant l'office. C'est bien écrit, extrêmement bien écrit. De courts textes empreints de nostalgie et jamais dénués d'humour, très plaisants à lire.
       Colette, native de l'Yonne, donc, a publié une cinquantaine de romans. C'est la deuxième femme élue membre de l'Académie Goncourt, elle a été nominée pour le prix Nobel de littérature et, à sa mort, elle a reçu des funérailles nationales. Mais il aura fallu attendre 2018, 2018 !, pour qu'un de ses textes figure au bac de français en série littéraire. On pourrait évoquer cette absence par la vie "dissolue" de l'autrice, mais lorsqu'il s'agit d'étudier des auteurs, mâles donc, avec le même genre de vie, mais en plus toxico et trafiquants d'armes, ça n'a pas l'air de déranger grand monde. Le bac littéraire 2018 a été, pour la première fois, uniquement composé de textes féminins suite au mouvement #MeToo, à la libération de la parole des femmes. Tiens, mais les femmes auraient des choses à dire ?

       J'ai trouvé cet exemplaire dans une cabane à livres. Il possède des petits coins, probablement découpés dans une vieille enveloppe, qui permettent de maintenir les pages au fur et à mesure de la lecture. Super pratique ! N'hésitez pas à adopter ce système très astucieux, et lisez ce livre de Colette, c'est vraiment beau, et bon !

       

mardi 14 mai 2019

Le grand Livre, de Connie Willis

Une illustration de Maria Carella


Présentation
     Le grand Livre est un gros roman, de 700 pages, écrit par Connie Willis. Il a été publié pour la première fois en 1992 aux États-Unis, et en 1994 en France. Il a reçu les prix Hugo, Nebula et Locus du meilleur roman de science-fiction, en 1992 et 1993. Il a été traduit en français par Jean-Pierre Pugi, et a connu sept éditions avec des couvertures illustrées par Jean-Michel Ponzio ou Jérôme Bosch (oui oui !). L'illustration la plus courante, celle que l'on retrouve pour les quatre éditions J'ai Lu, a été réalisée par une femme : Maria Carella.

     Le grand Livre nous raconte le voyage dans le temps d’une jeune étudiante en histoire. Elle quitte l’année 2054 pour se retrouver au Moyen Âge. Cependant, tout ne se passe pas comme prévu et, alors qu’elle devait être envoyée dans des années où la peste n’avait pas encore sévi en Europe, elle se retrouve en pleine épidémie. Pire, comme elle est souffrante en arrivant, elle ne parvient plus à retrouver le point de rendez-vous qui pourrait lui permettre de revenir dans son siècle !



Une image de Conmongt sur Pixabay *


Grossophobie

     Note à l’intention de tous·toutes les replet·es, les rond·es, les gros·ses et les obèses : je vous aime. Du reste, je serais bien mal placée pour vous jeter la pierre. Mais les gros livres, je déteste. C'est très difficile de dire quelque chose d'intéressant et de pertinent sur 700 ou 800 pages sans ennuyer, et sans se répéter. Ou alors il faut être un·e conteur·se hors pair pour pouvoir maintenir les lecteur·trices en haleine sur le long cours.
     Lorsque je faisais de la traduction, les livres étaient la plupart du temps calibrés à 350 pages. Comprenez bien, vous avez un livre de départ, peu importe sa taille, et l'éditeur·trice en exige tant de pages. C'est donc aux traducteur·trices et aux correcteur·trices d'intervenir sur le texte pour le faire maigrir ou, au contraire, grossir. Maintenant, les livres sont souvent très gros dès leur conception. De fait, de 350 pages, on est allègrement passé à 700 ou 800 en moyenne. Pourquoi ? Pour faire plus sérieux ? Pour tenir les lecteur·trices « captif·ves » ? Je lis environ 40 à 50 pages par jour. Pour lire un bouquin de 800 pages, il me faut donc deux à trois semaines. Et pendant ce temps-là, je ne peux pas lire autre chose. Ou alors les gros livres permettent-ils d’avoir une meilleure surface d'exposition en librairie ? D’augmenter artificiellement la présence des éditeur·trices sur les rayonnages ? Quoi qu'il en soit, ce sont toujours les lecteur·trices qui en paient le prix. Dans le roman de Connie Willis, par exemple, on voit un feu s’éteindre deux fois (sans avoir été rallumé entre temps, bien entendu), une servante qui répond trois fois de suite « sans se retourner ». Page 264, la jeune héroïne « prit appui sur ses mains et se mit en selle ». Toujours page 264, quelques lignes plus bas : « Kivrin sourit au garçon d'écurie et prit appui sur ses épaules » (pour monter en selle). Page suivante, p. 265 donc, « Kivrin (...) alla se mettre en selle en prenant appui sur les doigts entrecroisés de Cob. » En gros, notre héroïne monte trois fois de suite à cheval, alors qu’elle n’en est pas descendue une seule fois 


Une image de Pexels sur Pixabay *

     
Il y a des incohérences plus importantes encore, comme lorsque le prêtre administre les derniers sacrements : « Il effleura ses yeux, ses oreilles et ses narines », p. 125 puis, p. 163 : « Elle se souvenait (...) du doux contact de sa main sur ses tempes, ses paumes, la plante de ses pieds ». Ou il y a des formulations qui peuvent parfois faire bondir : « Le National Trust ne nous autorise pas à changer de système de chauffage et les pièces de rechange des chaudières à mazout sont de plus en plus difficiles à se procurer. C’est actuellement le thermostat qui déconne »... dixit… le vicaire ! Il ne parle pas un peu bizarre, ce vicaire d’Oxford ?
     Au début du roman, pendant plus de cent pages, il n’y a quasi aucune description. Les phrases sont très courtes, avec beaucoup de verbes. C’est de l’action pure. Et pour cause, l’autrice n’a pas encore réellement lancé son histoire, elle nous fait patienter avant de planter le décor. À partir de la page 150 environ, les descriptions commencent, on entre dans le vif du roman. Du coup, on se demande bien pourquoi on a lu tout ce qui précède.
     Il y a de nombreuses phrases vides et inutiles comme : « Elle suspendit le parapluie de l'homme au dossier de son siège et s'assit près de lui » ou « Le paramed qui avait été chercher Montoya entra et alla brancher la prise de la bouilloire. » Cela ne sert strictement rien, ce sont des phrases parasites qui noient le texte.
     Le livre est séparé en deux époques. 2054 et le Moyen Âge. L’époque 2054 n’a, à mes yeux, strictement aucun intérêt, si ce n’est de gonfler artificiellement le texte. La période se déroulant au Moyen Âge est beaucoup plus intéressante, et on s’y réfugie avec soulagement. Malheureusement, vers la moitié du livre, l’héroïne, Kivrin, se propose comme nurse de deux fillettes chahuteuses. Et c’est reparti pour des dizaines de pages de chamailleries qui, en plus de ne rien apporter à la narration, sont très pénibles à lire. Vous assistez, passif·ves, à des scènes à n’en plus finir entre deux gamines qui se détestent...

     Tout cela est bien dommage, et c'est aussi dommage que ça n'ait pas été corrigé. Le livre présente pourtant des passages très agréables à lire, légers, avec des anecdotes amusantes. Les parties sur le Moyen Âge sont très bien documentées et, malgré les incohérences indiquées plus haut, on sent bien la désolation qui devait régner alors, ainsi que le désarroi total de ces gens en proie à un mal qu’ils pensaient être une punition divine. Autre point positif : Le grand Livre est l’un des rares romans de la catégorie « Voyage dans le temps » où le personnage principal est une femme.


Le court extrait :

     Nous entendons la peste progresser. Les villages sonnent le glas après chaque enterrement, neuf coups pour un homme, trois pour une femme, un pour un enfant. Puis les tintements sont ininterrompus pendant une heure. Il y a eu deux décès à Esthcote, ce matin, et la cloche d’Osney se fait entendre sans répit depuis hier. La cloche du Sud-Est qui a attiré mon attention à mon arrivée en ce siècle s’est tue. Je ne saurais dire si la peste a terminé de faire des ravages dans ce hameau ou s’il ne reste plus là-bas âme qui vive.


Une image de Nonmisvegliate sur Pixabay *


Science-fiction ?

     Pas de vaisseau, pas d’espace, aucune technologie (à part actionner un levier et regarder un cadran), la moitié de la narration se déroule au Moyen Âge et l’autre dans un XXIe siècle (2054) où les téléphones, pour ne prendre que cet exemple, sont encore situés dans les couloirs, et où il faut se déplacer jusqu’à eux pour passer des coups de fil. Ou, comme nous l’avons vu plus haut, on chauffe encore au mazout. Est-ce de la science-fiction ? Oui, si l’on en croit la très bonne définition trouvée sur Wikipédia : « La science-fiction est un genre narratif (...) (qui) consiste à raconter des fictions reposant sur des progrès scientifiques et techniques obtenus dans un futur plus ou moins lointain (...), ou physiquement impossibles, du moins en l'état actuel de nos connaissances. Elle met ainsi en œuvre les thèmes devenus classiques du voyage dans le temps, du voyage interplanétaire ou interstellaire (...) » À ce titre, Le grand Livre est indiscutablement un livre de science-fiction, même si la moitié de l’action se déroule dans le passé, sur des bases historiques avérées. Mais, à ce titre aussi, il peut décevoir les fans de gros vaisseaux ou de voyages intergalactiques, dont je fais partie. En revanche, il intéresse celles et ceux qui aiment apprendre tout en lisant pour se détendre. Ce livre ne m’a franchement pas plu, mais il continue à avoir un succès considérable auprès d’un public très large.


Mary Shelley par Richard Rothwell (1840)

Un hommage à l’inventrice de la SF ?

     Il est généralement reconnu que le premier roman de science-fiction a été écrit par une femme, Mary Shelley qui, en 1818, publiait Frankenstein ou le Prométhée moderne. On ne cherchera pas ici à entrer dans le débat de savoir qui a réellement commencé, qui a « inventé » le genre, si c’est bien Mary Shelley ou quelqu’un d’autre. En revanche, il est un fait remarquable que l’on peut souligner. Mary Shelley a écrit plusieurs romans dont Le Dernier Homme, en 1826. Cette œuvre est parfois considérée comme le premier roman de science-fiction post-apocalyptique. Et l’apocalypse en question n’est ni une famine, ni une chute de météorite géante, ni une crise économique mondiale, etc. C’est la peste. Le roman se situe en partie dans le futur (2092), en partie au Moyen Âge, comme Le grand Livre de Connie Willis. On y voit un homme essayant de survivre et de protéger sa famille contre la peste, en vain. Le dernier Homme tourne autour du thème du châtiment d’une espèce qui a fauté et qui, pour cela, va être condamnée. Et il ne restera qu’un seul homme. Dans son grand Livre, Connie Willis nous raconte l’histoire d’une héroïne qui, elle aussi, fait tout son possible pour essayer de sauver toutes celles et ceux qui l’entourent et l’ont « adoptée », comme si elle faisait partie de leur famille. En vain. Et il ne restera… qu’une seule femme, elle.
     Comme dans le roman de Mary Shelley où l’espèce humaine est condamnée suite à ses péchés, Connie Willis cite de longs passages de la Bible à de nombreuses reprises. Mais, contrairement à Mary Shelley, son message est plutôt que l’amour et le courage pourront nous sauver de tout.      
     Dans le livre de Mary Shelley, en 2092, on se déplace encore à cheval. Dans le livre de Connie Willis, en 2054, on continue de devoir se rendre dans les couloirs pour trouver de rares téléphones muraux et passer ou recevoir des coups de fil. Mais la technologie mobile s'est développée aux États-unis dans les années 80. En 1992, lorsque le roman a été publié, on en était déjà aux téléphones mobiles de deuxième génération. Connie Willis en avait très certainement entendu parler, voire elle en utilisait un elle-même !


Une photo d'Adria Berrocal Forcada sur Unsplash *

     Non seulement les deux romans reprennent les mêmes thèmes, les mêmes divisions du temps, mais ils ont aussi plusieurs autres points en commun, comme les évocations d’un avenir paradoxalement suranné. Il est impossible que Connie Willis ne connaisse pas le roman de Mary Shelley. C’est un classique de la littérature anglo-saxonne. Il n’est indiqué nulle part qu’elle ait voulu lui rendre hommage (ou femmage, donc !), il semble néanmoins judicieux de mettre les deux textes en parallèle.


Connie Willis posant avec son quatrième prix Hugo en 2006.
Une photo de Kenkonkol pour English Wikipedia *


La notice de l’autrice

     Connie Willis est une romancière américaine de science-fiction. Elle est née en 1945 dans le Colorado. Elle a fait des études d'anglais et d'éducation élémentaire. Elle devient célèbre dès les années 1980, et a écrit une vingtaine de romans, plusieurs dizaines de nouvelles, des essais etc. qui abordent des sujets très divers. À l'instar de sa consœur Ursula Le Guin, Connie Willis est l’une des rares femmes à avoir reçu le titre de « Grande Maîtresse de la Science-fiction » (Grandmaster of science-fiction). Ce prix lui a été attribué par l’association américaine des auteurs de science-fiction et de fantasy (Science-fiction Writers of America ou SFWA) en 2011, pour l'ensemble de son œuvre. Ses écrits sont traduits dans de nombreuses langues et ont reçu de très nombreuses distinctions : onze prix Hugo, sept prix Nebula, douze Locus – pour ne citer que les plus prestigieux ! Bref, qu’on aime ou qu’on n'aime pas, Connie Willis reste une personnalité de tout premier plan dans le paysage de la science-fiction contemporaine.

Bonne lecture !


Vous aimerez aussi :
♦ La Main gauche de la nuit, par Ursula Le Guin
♦ Les Yeux d’ambre, de Joan D. Vinge
♦ Le Secret de Sinharat, par Leigh Brackett






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vendredi 8 mars 2019

Les Yeux d’ambre, de Joan D. Vinge



       La chronique précédente ayant rencontré un franc succès, je me réjouis aujourd’hui de vous présenter une nouvelle œuvre de science-fiction féminine : Les Yeux d’ambre, de Joan D. Vinge. Le livre est paru en 1980, dans la collection Le Masque Science-fiction. Il a été traduit par Jean-Pierre Pugi, et la couverture en a été illustrée par Philippe Adamov puis, pour ses rééditions chez J’ai Lu, par Barclay Shaw.



       Je vais avoir beaucoup de mal à rester impartiale dans cette chronique pour deux raisons : je suis fan de la collection Le Masque Science-fiction (je les collectionne, c’est pour dire !) et j’aime beaucoup les textes de Joan D. Vinge.

Présentation


       Les éditions Le Masque ont été fondées en 1925 et se sont immédiatement spécialisées dans le roman policier. En 1974, est lancé Le Masque Science-fiction, qui perdurera jusqu’en 1981 et permettra de publier plus d’une centaine d’ouvrages. Les traductions laissent souvent à désirer (probablement faites dans l’urgence), certains ouvrages sont bourrés de fautes d’orthographe et de grammaire (ne jamais négliger le travail des correcteur·rices !), certains livres n’ont même aucun intérêt. Les éditeur·rices, quel que soit leur domaine, rééditent énormément d’anciens titres, des « valeurs sûres », des noms connus qui se vendront forcément. Mais la collection Le Masque Science-fiction présente un avantage immense par rapport à ses concurrents : elle ne publie que des inédits, pour le plus grand plaisir de ses lecteur·rices. Et parmi ces inédits, on trouve parfois de purs chef-d’œuvres, qu’il aurait été dommage de ne pas porter à la connaissance du public.

Les remarques qui font tache


       En début d’ouvrage, on peut lire une présentation succincte de l’autrice. Et qu’y apprend-on ? Qu’elle est « jeune et jolie ». On n’évalue pas son œuvre, remarquez bien, on se permet de porter un jugement sur son physique. Est-ce pertinent ? À quoi cela peut-il bien servir ? Est-ce qu’il viendrait à l’idée d’une femme d’écrire, à propos d’un auteur, qu’il est « grand et chauve », « jeune et brun » ou même « de taille normale et beau gosse » ? 
       Cette observation a été écrite en 1980, lors de la publication du livre. Joan D. Vinge avait alors trente-deux ans. Mais que dirait-on, maintenant ? Qu’elle est vieille et moche ? Est-ce ce qui compte, vraiment ? Si elle est vieille et moche, son œuvre en est-elle moins intéressante pour autant ? Est-ce qu’on s’amuse à mesurer la largeur d’épaules d’un homme afin de déterminer si ce qu’il écrit vaut le coup ?
       Remarquez aussi que si l’autrice n’est pas sublime, ce n’est pas très grave, on ne dira rien. En tout cas, rien sur son physique. Mais allez savoir pourquoi, on va aller chercher avec qui elle a des relations, avec qui elle est mariée. Et ça ne loupe pas dans cette mini-présentation de Joan D. Vinge. Le rédacteur ne doit pas être tout à fait convaincu par les qualités plastiques de l’autrice, alors il nous indique le nom de son mari. Comme si ça faisait d’elle une meilleure écrivaine ! Mais si elle n’était pas mariée, ses œuvres seraient-elles bidon, mauvaises, inintéressantes ? Est-ce que, lorsqu’il s’agit d’un auteur, on va chercher avec qui il est marié pour justifier ce qu’il écrit ?
       Le commentaire est d’autant moins pertinent qu’il est marqué dans le temps. Un mariage n’est pas forcément éternel, il arrive que les gens se séparent ou divorcent. Donc à quoi cela nous sert-il de savoir que telle ou telle autrice est mariée, et avec qui ? Cela lui donne-t-il plus de crédibilité ? Et pourquoi ?
       À croire qu’on est incapable d’envisager posément ce qu’une femme fait, pour ce qu’elle fait, sans aller chercher ailleurs toutes sorte de considérations qui n’ont rien à voir avec le sujet.
       Ces remarques ne sont pas spécifiques aux éditions du Masque, ce serait trop beau ! On les retrouve très fréquemment, sur tous les supports, et quel que soit le domaine, dès qu’il s’agit d’une autrice. Ces mots déplacés sont d’autant plus regrettables, ici, qu’ils sont en totale contradiction avec l’œuvre qui suit, toute de finesse et de délicatesse.


Le livre proprement dit


       Les Yeux d’ambre est un recueil d’un peu plus de 300 pages. Il comporte cinq nouvelles écrites entre 1974 et 1978. Les textes sont, à mes yeux, de qualité inégale. Mais si les trois du milieu semblent un peu moins intéressants, le premier et le dernier sont tout bonnement extraordinaires, et méritent à eux seuls qu’on lise le livre.

       • Les Yeux d’ambre, la nouvelle qui donne son titre au recueil, nous raconte une histoire assez étrange qui se déroule sur Titan. C’est une histoire de vengeance, de superstition et de croyances dans un monde aux coutumes très éloignées des nôtres. Le départ, que l’on croirait tout droit issu d’un ouvrage de fantasy, est quelque peu déroutant. Mais bien sûr, tout s’éclaire peu à peu. Ce récit a été récompensé par le prix Hugo de la meilleure « nouvelle longue » (texte comprenant 7 500 à 17 500 mots) en 1978.

Image DasWortgewand sur Pixabay *

       • Depuis des Hauteurs impensables, la deuxième nouvelle, m’a semblé très décevante. À vrai dire, j’ignore si elle est vraiment décevante ou si la première nouvelle nous emmène tellement loin qu’on a du mal à reprendre pied. Heureusement, cette histoire est très courte, elle ne fait que vingt pages. Elle nous conte l’histoire d’une femme enfermée dans une sonde spatiale, et comment elle est arrivée là. On pourrait dire que c’est une histoire d’espoir, de révolte et de résignation. Une histoire peut-être novatrice à l’époque, mais qui semble aujourd’hui par trop classique. D’ailleurs, j’ai peut-être raté quelque chose, dans la mesure où ce texte a été nommé aux prix Analog, Locus et Hugo en 1978 et 1979, sans toutefois remporter la première place.

       • J’ai abordé Mediaman, la troisième nouvelle, avec quelque méfiance. Mais c’est une très bonne histoire, un peu dure. Une histoire de pouvoir, de mépris, de trahison et de vengeance. Le début semble un peu long, mais l’aventure devient très vite palpitante, voire… oppressante !

Lever de soleil sur la Terre, vu par l'équipage de la navette Columbia en 2003 - Image Copyright NASA

       • La quatrième nouvelle, L’Aide du colporteur, nous narre les aventures d’un colporteur qui sillonne un pays de montagnes et de plaines. Il est escorté par une bande de malfrats qui, au lieu d’assurer sa protection, comptent bien le détrousser. C’est une histoire de soumission, de domination, de magie et de peur. C’est aussi l’histoire du contrôle d’un peuple par un gouvernement manipulateur. Là encore, l’histoire est abordée d’une façon qui semble assez classique de nos jours, mais c’est une narration non dépourvue de merveilleux.

       • Heureusement, la cinquième et dernière nouvelle, Soldat de Plomb, est tout à fait remarquable. Elle nous parle de la différence, de l’amour et l’amitié, du temps qui passe. Le Soldat de plomb, c’est le nom d’un bar, quelque part dans la galaxie, où se retrouvent les astronautes après leurs voyages. Bien sûr, les lecteurs·trices avisé·es auront tout de suite remarqué que le titre ressemble à s’y méprendre à celui d’un conte de Hans Christian Andersen : L'intrépide (Le Petit/Le Stoïque) Soldat de plomb. Joan D. Vinge ne cache d’ailleurs pas s’être inspirée de ce récit pour créer cette magnifique nouvelle.

Photo Edi Libedinsky (@supernov) sur Unsplash *

Court extrait


(Soldat de plomb)

        « Telle une perle sans défaut, le vaisseau traversa la robe de lumière en lambeaux des Pléiades et tomba dans les eaux nocturnes de la baie. Il émergea pour ballotter doucement au sein d’une chaîne de points brillants qui s’étirait jusqu’au rivage. L’œil vigilant du port cilla une fois et la nef stellaire lui rendit son signal. Pour souhaiter la bienvenue aux nouveaux arrivants, Nouveau Pirée, entassé sur les collines, envoyait dans la baie son tribut de lumière empli de sons, de luminosité, et de promesses irréfléchies. Les filles de l’équipage souriaient, impatientes, alors qu’elles regardaient à travers la coque transparente. L’une d’elles rit nerveusement. »

La « jeune et jolie » Joan D. Vinge
Photo de Ellen sur Flickr **

La notice de l’autrice


       Joan D. Vinge (pour celles·ceux que ça intéresse, on prononce "Vindji") est une autrice américaine née en 1948 à Baltimore, dans le Maryland. Elle est diplômée d'anthropologie.
       À 26 ans, elle publie son premier récit de SF, Le Soldat de plomb, suivis de nombreux autres, dans des magazines et des anthologies de science-fiction. Elle a écrit de nombreuses novélisations (romans tirés de films, et non le contraire) dans des univers aussi différents que ceux de Tarzan, Ladyhawke, Star Wars, Madmax, Willow etc. 
       Elle publie aussi des romans regroupés en cycles. Parmi les plus connus, on peut citer Le Cycle de Tiamat avec, entre autres, La Reine des neiges (Prix Locus et Prix Hugo 1981) et Finismonde ou Le Cycle de Cat (Cat le Psion). Joan D. Vinge écrit aussi de la poésie. Ses œuvres ont souvent été nommées et primées dans les plus grands concours de science-fiction. Joan D Vinge possède une belle écriture, très visuelle, précise, fluide et colorée. Il serait dommage de vous en priver.

       Bonne lecture !



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jeudi 31 janvier 2019

Le Secret de Sinharat, par Leigh Brackett




          Le Secret de Sinharat est un court roman de Leigh Brackett. Il a été publié pour la première fois en 1949, dans le magazine Planet Stories, sous le titre de Queen of the Martian Catacombs. Il a ensuite été réécrit et modifié pour être à nouveau publié, sous son titre actuel, en 1964. Il a été traduit en français par Pascale Aubignan, illustré par Philippe Caza et, plus tard, par Wojtek Siudmak. Comme souvent dans ce genre de bouquin, l’illustration n’a pas grand-chose à voir avec le texte.



          L’intrigue se déroule sur la planète Mars. Elle met en scène le grand, le beau, le fort Eric John Stark, personnage créé par Leigh Brackett, que l’on retrouve dans toute une série de pulps des années 40 et 50. Ce héros a influencé nombre d’écrivain·es, parmi lesquel·les on compte le célèbre Michael Moorcock. 

          La quatrième de couverture nous promet les aventures d’un agent de la police terrienne, infiltré parmi des chefs barbares qui s'apprêtent à entrer en guerre. Mais le héros va découvrir que leurs motivations ne sont pas aussi désintéressées qu’on aurait pu l’espérer.
           Le récit est bien écrit. Le début est un peu long et tout s'accélère en seconde partie, comme bien souvent dans ce genre de romans. Bien que l'histoire se déroule sur Mars, on se balade tranquillement dans son atmosphère (composée, rappelons-le, à 96% de gaz carbonique), sans masque, sans respirateur et sans scaphandre. Le récit est très orientalisant, mais beaucoup moins profond qu’un Dune, par exemple, qui allait sortir un an plus tard.

Planet Stories (image du Domaine Public)


          À vrai dire, je n'ai pas aimé ce livre. Il est classé en science-fiction, mais mis à part le lieu, il n'a rien d'un livre de SF. Dans sa réédition, il a été classé en Fantasy, ce qui lui convient beaucoup mieux. Comme j'aime la SF « dure » et les space opera intergalactiques avec des vaisseaux énormes, et intelligents, des univers dystopiques oppressants ou des corporations qui s'entredéchirent dans des univers post-apocalyptique, je suis forcément restée sur ma faim. Mais le roman plaira à tous les fans de « barbare(s) à la haute taille » et de « héros à épaules carrées ».


Court extrait

          « Stark la vit se profiler dans le ciel matinal, cité de marbre couronnant un îlot de corail que la mer avait découvert en se retirant. L’île de corail se dressait, massive, dans la clarté crue du soleil. Des diaprures d’un incarnat et d’un blanc intenses, d’un rose délicat, en striaient merveilleusement les falaises nues et, de ce gracieux piédestal jaillissaient des murs et des tours marmoréens aux teintes innombrables si parfaitement travaillés et si finement sculptés par le temps qu’il était difficile de dire où commençait et où finissait le travail des hommes. Sinharat, la Vivante-à-Jamais. »


Leigh Brackett (image du Domaine Public)

La notice de l'autrice

          Leigh Brackett est née en Californie en 1915, et décédée en 1978, à l'âge de 63 ans. Elle figure parmi les écrivain·es majeur·es de son temps, même si on l’a surnommée « La Reine du space opera », expression qui, à l’époque, relevait plus de l’insulte que de l’éloge. La science-fiction n’était déjà pas très bien vue, alors que dire du space opera, un sous-genre de très mauvaise réputation ! Première femme nommée pour le prix Hugo en 1956, pour Le Recommencement, Leigh Brackett a écrit plusieurs romans de science-fiction, plusieurs cycles de fantasy, de nombreuses nouvelles et même quelques romans policiers. C’est d'ailleurs grâce à l’un d’entre eux, No Good Time for a Corpse (1944, non traduit en français) qu’elle attire l’attention de Howard Hawks. Le réalisateur est tellement impressionné par ce roman qu’il souhaite à tout prix travailler avec… « cet auteur ». Le fait que cet auteur soit une autrice ne semble cependant pas l’avoir rebuté, puisque Leigh Brackett participe par la suite à l’écriture de plusieurs très grands classiques, tels que Le Grand Sommeil aux côtés, entre autres, de William Faulkner, Rio Bravo, Hatari !, El Dorado, et Rio Lobo. C’est également elle qui écrit le scénario du film Le Privé, de Robert Altman, en 1973, d’après un roman de Raymond Chandler. 


De gauche à droite Howard Hawks, Leigh Brackett, une dame dont le nom n'est pas cité, Lauren Bacall, Humphrey Bogart, et un monsieur dont le nom n'est pas mentionné. Sur le tournage du film Le Grand SommeilPhoto Wolf Tracer, 1946


          Bien que ses jeunes années aient été les plus productives, Leigh Brackett n'a jamais cessé d'écrire. Juste avant son décès, en 1978, elle remet à George Lucas la première ébauche de scénario pour L'Empire contre-attaque. Les versions ultérieures ont été réécrites par Lawrence Kasdan et George Lucas lui-même, mais Leigh Brackett reste créditée en tant que co-scénariste de cet immense succès cinématographique.



          Vous ne connaissiez pas Leigh Brackett ? En fait, si, vous la connaissiez certainement sans le savoir. C’est une figure très importante de la science-fiction. Retenez bien le nom de cette femme. Leigh Brackett continue à exercer son influence, et on retrouve son empreinte, aujourd’hui encore, dans les œuvres les plus récentes de la culture populaire.

          Bonne lecture !



Un avis fort différent, et tout à fait passionnant, à lire sur l'excellent "Lorhkan et les mauvais genres" ► ICI


jeudi 22 mars 2018

Cocagne, jeu édité par Carlit et interprété par Zoufris Maracas



          Cocagne, le jeu édité par Carlit dans les années 70, ne passerait probablement pas la censure de nos jours. Il est vrai que l’illustrateur y affiche un amour immodéré pour Orange mécanique, et son maquillage oculaire outrancier.



          Et pourtant, il faut l’affirmer bien fort : Cocagne est un jeu non-violent. Cocagne, c’est le jeu de mon enfance. À vrai dire, je l’avais complètement oublié, jusqu’au jour où, il y a une dizaine d’années, j’ai aperçu la boîte au détour d’un vide-greniers. Les battements de mon cœur se sont emballés. Pire, lorsque la dame a soulevé le couvercle pour me montrer l’intérieur, j’étais au bord de l’apoplexie. Mais le snobisme étant une tare fort répandue chez nombre de joueurs, dont je fais partie, j’ai trouvé le principe du jeu stupide et, avec le plus grand mépris, j’ai délaissé la boîte. Bien mal m’en a pris, puisque j’ai passé les dix années suivantes à essayer de retrouver cette dame, chaque année, sur ce vide-greniers et tous ceux alentour, et que j’ai désespérément cherché ce jeu partout. Heureusement, mon mari, que je remercie du fond du cœur, a réussi à s’en procurer une des dernières copies en circulation.



          Conformément à ce qui est indiqué sur la boîte, Cocagne est un jeu de hasard, d’action et de génie. Le hasard provient du fait que vous devez faire tourner une flèche qui va vous indiquer une couleur. À partir de ce moment intervient l’action proprement dite, l’action pure et dure : vous insérez la bille dans un des cinq trous indiqué par la couleur précédemment déterminée. Il y a cinq trous de départ, pour quatre d’arrivée. La bille disparaît alors totalement. Vous entendez un gros bruit de tuyauterie, comme si votre bille était longuement digérée, jusqu’à ce qu’elle réapparaisse, comme par magie, dans un trou marqué d’un symbole. Le symbole vous indique la couleur de la carte à piocher parmi quatre catégories. Vous retournez la carte, vous lisez le texte, et vous devez interpréter ce qui est écrit ou exécuter le gage. Et c’est là que, selon Carlit, que votre génie intervient.
          Les gages sont très simples, par exemple imiter le saut d’un kangourou, rire aux éclats deux minutes tandis que vos camarades de jeu restent parfaitement calmes, ou l’inverse, gonfler trois ballons imaginaires et faire semblant qu’ils s’échappent dans l’air, etc. Réussir un gage, de l’avis de vos partenaires de jeu, vous rapporte des points. Et bien sûr, celui qui a le plus de points, à l’issue de la partie, est déclaré vainqueur.



          Certains rabat-joie, voulant probablement montrer l’extraordinaire étendue de leur savoir ludique, n’hésitent pas à dire que le mécanisme de Cocagne pourrait être remplacé par un dé à quatre faces. Un dé à cinq faces qui retomberait donc, comme on a vu plus haut, sur seulement quatre faces... C’est vrai, mais cela tuerait immanquablement la magie du jeu, l’attente de la bille, l’inquiétude de, peut-être, ne jamais la voir ressortir – et croyez-moi, à cinq ans, vous vous inquiétez vraiment ! Je crois bien que quand on jouait à Cocagne, on se contentait de faire tourner la flèche et de lancer dans la bille dans le trou de couleur indiqué. Les gages étaient superflus. On octroyait volontiers les points aux adversaires, pour avoir le plaisir de rejouer très vite, et de relancer la bille dans un trou !

          Heureusement, certaines autres personnes plus ouvertes d’esprit ont immédiatement compris la rare subtilité, si ce n’est la fine élégance, de Cocagne, et ont même décidé d’écrire un véritable hymne au jeu (du moins si j’ai bien compris toutes les paroles). C’est ainsi que le groupe Zoufris Maracas nous offre sa très belle interprétation de Cocagne :



          Encore un grand merci à mon mari pour ce très beau cadeau. C’est chouette la vie de joueuse, avec un soulier sur la tête !



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